"When
I dream, my body is the site, not only of the dream, but also of the
dreaming and of the dreamer. In other words, in this case or in this
language, I cannot separate subject from object, much less from the
acts of perception. I have become interested in languages which I cannot
make up, which I cannot create or even create in: I have become interested
in languages which I can only come upon, a pirate upon buried treasure.
The
dreamer, the dreaming, the dream.
I call these languages, languages of the body. There are, I suspect,
a plurality or more of such languages. One such is the language that
move through me or in me or... for I cannot separate language body
and identity..."
XAVIER
LE ROYUne chorégraphie de Xavier
Le Roy interprétée par Eszter
Salamon. ESZTER
SALAMON GISZELLE
"Quand je rêve, mon corps est le lieu non seulement du rêve,
mais aussi de laction de rêver et du rêveur. En dautres
termes, dans ce cas ou ce langage, je ne peux pas séparer le
sujet de lobjet - beaucoup moins que je ne le fais dans les actes
de la perception. Jai commencé à mintéresser
aux langages que je ne peux pas "fabriquer", que je ne peux
pas créer ou dans la création desquels je ne peux même
pas être impliquée: jai commencé à mintéresser
aux langages que je ne peux que rencontrer par hasard, comme un pirate
tombe sur un trésor enfoui.
Le rêveur, laction de rêver, le rêve.
Jappel ces langages langages du corps. Il y a, jimagine,
une multiplicité ou plus encore de langages de cette sorte.
Lun deux est le langage qui me traverse ou bouge en moi
ou ... car je ne peux pas séparer le langage du corps et de
lidentité...".
«Giszelle» continue ce qui a commencé dans «Xavier
le Roy». De nouveau le matériau trouvé est samplé et
frôle les différents motifs: mouvements biologiques, comportements
sociaux, styles esthétiques - un ballett romantique et lallure
dun singe, Jésus suspendu à la croix et un bandit
qui tire son arme, le corps athlétique des arts martiaux et
le corps contemplatif du rêveur.
Dans un premier temps, les images de corps sont séparées
par des pauses.
Ensuite Eszter Salamon commence à traverser ces images, à glisser
dun changement à lautre et à enlacer les
textures des différentes langues sous forme danagramme.
Devient sujet le changement même, ce qui se passe à lintérieur
dun changement, et doù, dans la superposition des
différents contextes, le nouveau surgit; le nouveau, qui ne
peut pas encore être désigné par une image.
«Nous avons travaillé ce matériau avec les techniques
cinématographiques : montage, arrêt image, avance et marche
arrière rapide. Nest-ce pas plein de mouvement, avec autant
de danse que jamais?» demande Xavier le Roy, lui-même enthousiasmé face à cette
liquéfaction de signes figés, représentée
par Eszter Salamon...
Depuis, qu'il s'agisse du projet E.X.T.E.N.S.I.O.N.S.
- sorte de laboratoire nomade sur lequel se greffent des artistes,
des producteurs, des scientifiques -, ou de spectacles plus récents,
Xavier Le Roy, artiste en résidence au Podewil, un théâtre
et une maison de production à Berlin, ne cesse d'interroger
le corps et ses représentations. Dans Self-Unfinished, un autre
solo de 1998, il opérait des mues comme pour se débarrasser
d'une enveloppe charnelle trop encombrante.
Solo. Giszelle marque encore une étape dans cette recherche
d'un corps reconfiguré. Ce solo, chorégraphié pour
Eszter Salamon, qui fut notamment interprète chez Mathilde Monnier
et François Verret, fut créé l'été dernier
pour le Vif du sujet, en Avignon. En plein air et en matinée,
le spectacle avait tendance à se diluer. La nouvelle version
offre une tout autre perspective, permettant de suivre de près
Eszter Salamon et de comprendre toute la subtilité de la danse.
En plongeant dans la culture populaire, elle s'empare des gestuelles
qui marquent le corps occidental - de Gisèle à Madonna
ou Michael Jackson.
Mais une fois ces postures intégrées, ou mises à distance,
il s'agit pour la danseuse et le chorégraphe de trouver une
façon d'aller d'un stéréotype à un autre.
Une prouesse qui exige de l'interprète d'être à la
fois complètement immergée dans le geste formaté et
en même temps de trouver une issue de secours. D'hybridation
en hybridation(Salamon/Madonna, Salamon/le singe, Salamon/Gisèle),
de figure en figure, la jeune femme cherche et trouve l'espace qui
pourrait convenir à sa propre danse. C'est somme toute son travail,
mais il est ici poussé à l'extrême. Par la dissection,
la désarticulation, Xavier Le Roy invite à une visite
guidée au pays du corps qui profite du peu d'espace de liberté qui
lui est autorisé entre deux attitudes.
Face B. Pour mieux le faire, il offre la face B de Giszelle, Matériaux
recyclés pour en faire un programme d'une durée annoncée
(ou Parties que nous avions prévu de ne pas montrer, ou la Poubelle
de Giszelle, ou Le spectacle auquel vous auriez pu échapper).
Une pièce en écho malin à la première,
travaillée à partir de toutes les matières non
retenues de la face A. A voir ces déchets (sacs, béquilles,
sons...) recyclés avec humour, on comprend mieux pourquoi Giszelle
est limpide, ayant rejeté toute banalisation et toute anecdote.