ESZTER
SALAMON contemporary
dance CENTRE
GEORGES POMPIDOU PARIS ° ZOLTAN
REPRODUCTION
by
Eszter Salamon
CONTEMPORARY
DANSE
CENTRE
GEORGES POMPIDOU Paris
THEATRE
PODEWILL Berlin / TANZFEST Berlin / FESTIVAL DE GENEVE Geneve / KAAITHEATER
STUDIOS Bruxelles
REPRODUCTION choreography
by ESZTER SALAMON
This choreography with 9 women
shows in a brilliant, tender-troubling way, the
scores of gaze-regimes. As a reflection on how we constitute
bodies merely by perceiving them in a certain manner, this
work generates floating bodies, which can no longer be fixed
to one single identity. The main score consists in repetition
and a simple formation of bodies, accessoires, costumes,
motion and touch. But while reproducing scenes of intimacy,
scenes of touch, scenes of love, and letting them last, the
(voyeurist) audience assists another spectacle, which defigures
the physical borderlines we used to see.
(Petra Sabisch) ESZTER SALAMON finished her studies in classical
dance at the National Dance Academy of Budapest, went to
France, where she starts a collaboration with Sidonie Rochon.
From 1993 to 2000 she works with Mathilde Monnier at the
CCN Montpellier (Centre chorégraphique national de
Montpellier Languedoc-Rousillon). There has origin the duet « Où sont
les femmes » with Brenda Edwards as a part of "Potlatch
Dérives (Festival Montpellier Danse 2000). She
is also involved in the creation of François Verrets
Bartleby.
In 2001 she creates the Solo What a Body You Have Honey ,
and together with Xavier Le Roy Giszelle for Le
Vif du Sujet of the Festival dAvignon. In October
2002 she presents Répétition publique
dun travail en cours ( work in progress) at the
CCN Montpellier for Hors Série in collaboration
with Herman Diephuis and Simone Verde.
For the Comédie of Clermont-Ferrand she creates 2002 Woman
Inc.
with 18 women between 7 and 74 years old. Since 2004 Eszter
Salamon is artist-in-residence of the Podewil, TanzWerkstatt
Berlin.
A Coproduktion with Bâtie Festival de Genève,
Les Spectacles Vivants- Centre Pompidou (Paris), Kaaitheater
(Brüssel), Podewil and TanzWerkstatt Berlin
With the support of Hauptstadtkulturfonds Berlin and Le Kwatt p h o t o ° Bruno
Pocheron
L
I B E R A T I O N
f r a n ç a i s
SALAMON INVENTE UN CORPS
Une
chorégraphie de ESZTER SALAMON REPRODUCTION La
chorégraphe hongroise prend huit danseuses, les pare
en hommes... qui vont aussi jouer des femmes.
Le programme en annonçait neuf, il n'y en a que huit.
Non seulement la représentation n'en pâtit pas,
mais on se demande, étant donné l'importance
accordée aux duos, où serait passé
le neuvième protagoniste. Huit interprètes
donc pour la première de Reproduction, chorégraphie
d'Eszter Salamon. Cette danseuse de formation classique venue
de Budapest a travaillé successivement pour ou avec
Sidonie Rochon, Mathilde Monnier, François Verret
et Xavier Leroy. Reproduction est le troisième spectacle
qu'elle signe seule. Son propos est aussi carré que
le plateau autour duquel prend place le public. Au début,
huit corps assis, accoudés ou allongés par
terre, presque immobiles et se tenant à bonne distance
les uns des autres. A la fin, la configuration est identique.
Entre-temps se seront déployés deux types d'événements.
Barbes et moustaches.
Le premier fait passer les unités séparées
au stade de duos ou de couples, avant de former un ensemble
ou un tas regroupant tous les individus à la manière
du Huddle de Simone Forti, ce monument aux corps. Ensuite,
dissolution et nouvel éparpillement. Le second structure
la pièce en deux parties, équivalentes quant
au déroulement et différentes en ce qui concerne
leur apparence. Le travail d'Eszter Salamon concerne l'identité sexuelle
et l'invention d'un corps. Dans le droit fil des gender studies,
ses huit danseuses sont costumées et grimées
(barbes et moustaches) en hommes pour le premier acte. Au
deuxième, elles se travestissent en hommes eux-mêmes
travestis en femmes. Ce genre de transformation est aujourd'hui
monnaie courante. C'est le stade post-Lelouch (un homme est
une femme) ou post-Godard (une femme et une femme). Mais
la version Salamon est plus originale. Elle ne vise pas à susciter
le trouble du sexe incertain ou indéterminé,
tel qu'il se manifeste dans la figure de l'androgyne. Ne
l'intéresse pas cette position ambivalente de l'entre-deux à la
faveur de laquelle tout sujet serait le produit de la rencontre
entre féminin et masculin. Son choix la porte plutôt
vers l'hermaphrodisme, qui n'est pas un go-between entre
les sexes mais l'addition du féminin et du masculin.
Elle applique à cette addition une règle aussi
arbitraire mais aussi valable que la règle grammaticale
de l'accord des genres.
Echos freudiens.
En français, on sait que, dans une suite de substantifs,
la présence d'un seul nom masculin détermine
l'accord avec l'adjectif ou le verbe. Les écoliers
doivent apprendre que, même isolé, le masculin
l'emporte toujours. Avec Eszter Salamon, il ne l'emporte
pas au paradis. Bien plus que dans un cycle de revanche,
son geste s'inscrit dans la vulgate freudienne selon laquelle
l'anatomie n'est ni une fatalité ni un choix mais
un destin.
Reproduction est heureusement d'avantage qu'une séance
de travaux pratiques sur les hypothèses de la sexuation.
C'est d'abord une étude de mouvements qui reprend
des recherches déjà menées ailleurs
mais trouve aussi le moyen de dresser la silhouette d'un
corps nouveau. Il y a d'abord le ralenti qui prend ici l'allure
d'évolutions subaquatiques ou en apesanteur. Il permet
de délinéer le mouvement et de fluidifier le
geste. Pratiqué sans solution de continuité,
il impose à l'interprète une discipline stricte
qui lui interdit toute accélération, arrêt
ou même ralenti dans le ralenti. Parallèlement,
son regard décrit une courbe panoramique selon la
même égalité de déplacement. De
leur côté, les expressions faciales sont déconnectées
de leur référents habituels. Sourire n'est
pas automatiquement signe de joie, pas plus que grimacer
de douleur.
Aimant.
Proches de la contact improvisation des années 70,
les évolutions en couples ne s'effectuent pas 2, 3
ou 4 fois moins rapidement que la normale tout simplement
parce qu'il n'y a pas de vitesse correspondante «normale».
Cette danse qui n'a ni commencement ni fin se développe,
selon une vision très deleuzienne, par le milieu.
Ayant toujours déjà
commencé, elle n'en finit pas de finir. Ses va-et-vient
entre l'unité, le duo et le multiple correspondent à la
distinction faite par certaines langues (mais pas le français)
entre le singulier, le duel et le pluriel. De l'un aux autres,
un seul et même grand corps se rassemble puis se dissocie,
selon l'attraction et le rejet que produiraient l'approche
et l'éloignement d'un aimant sur des particules de
limaille. Comme des cartes bancaires, les corps d'Eszter
Salamon se magnétisent et se démagnétisent
au gré de leur usure.
Hervé Gauville
p h o t o ° Bruno Pocheron
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